Jean d’Ormesson L’homtimiste

28 août 2014

Jean d’Ormesson

Rencontre. En 2013, son cancer lui a coûté huit mois de souffrances. Aujourd’hui, à 89 ans, il publie Comme un chant d’espérance, un livre dans lequel il s’interroge sur l’origine des origines.

Propos recueillis par Emmanuel Querry.

Issu d’une famille catholique, dont la devise est Au plaisir de Dieu, Jean d’Ormesson n’a eu de cesse d’écrire sur le mystère du monde, faisant part de ses doutes et de ses espérances. Aujourd’hui, il semble que le pari que Dieu existe soit le plus fort. Accueillant et bienveillant, Jean d’Ormesson explique la genèse de ce livre et revient sur les derniers mois éprouvants qu’il a vécus.

Comment vous sentez-vous après avoir traversé cette maladie ?

Maintenant je suis à peu près guéri, pas tout à fait encore, mais ça va beaucoup mieux. Ça a été une rude épreuve. J’en suis sorti avec une grande reconnaissance pour le système médical français, qui est un système merveilleux, et j’ai ressenti une grande compassion. J’ai vu des gens qui ont souffert plus que moi. Des gens qui n’arrivaient pas à exprimer leur douleur, les mots leur manquaient.

Pendant cette épreuve, vous aviez déclaré ne pas penser à la mort mais à guérir.

Je sais bien que nous mourrons tous et l’idée que cette vie n’est qu’un passage très rapide, je l’ai toujours eue, pas seulement parce que je suis tombé malade. Mais deux idées m’ont toujours frappé : la première, c’est l’étonnement d’être là, de vivre avec l’interrogation sur le sens de cette vie, et l’autre idée, c’est évidemment Dieu.

D’où le livre Comme un Chant d’espérance, dans lequel Dieu est très présent ?

Dès mes premiers livres, je tournais autour, et cela a pris plus d’ampleur au fur et à mesure. Cette fois, c’est un livre très court, qui est la suite des deux précédents dans lesquels j’explorais l’univers depuis ses origines. Dans celui-ci, j’essaie de passer au-delà : qu’y avait-il avant le début ? Et on tombe inévitablement sur Dieu.

En le lisant, on ressent votre foi en Dieu et le désir de la transmettre…

Vous allez un peu vite. J’ai été élevé dans la religion catholique et je vais mourir dans cette religion, si elle veut encore de moi. Mais je suis un catholique un peu particulier. Je suis un catholique agnostique.

Qu’entendez-vous par catholique agnostique ?

Agnostique ne veut pas dire athée. Je ne suis pas du tout athée. Agnostique veut dire qu’on ne sait pas. On ne peut pas savoir. Quand vous avez une foi très forte, on vous appelle « un croyant ». Vous « croyez », vous ne pouvez pas savoir. Il y a deux murs qui nous entourent. D’abord celui des origines, le fameux mur de Planck qui n’est pas un mur religieux, ni poétique, mais scientifique. Car à partir d’une toute petite fraction de seconde avant le Big Bang, la science ne peut plus aller au-delà. Et l’autre mur, c’est la mort. Qu’y a-t-il après ? Qu’est-ce qu’il y a avant le mur de Planck ? Certains pensent qu’il n’y a rien, d’autres pensent qu’il y a Dieu. Je dirais donc que j’espère, je ne peux pas savoir. Mais j’espère qu’il y a quelque chose comme Dieu.

Votre espérance se fonde sur l’étonnement et l’émerveillement au sujet du monde qui vous entoure ?

L’étonnement d’être là et l’admiration sont deux sentiments très forts chez moi et qui sont un peu démodés. J’ai beaucoup d’admiration pour des choses très simples, comme l’eau, l’air ou le temps. Ce sont des choses extraordinaires. Sartre avait la révélation de l’absurde, et moi j’ai plutôt la révélation de la grandeur et de la beauté du monde. Par exemple, l’eau est quelque chose d’extraordinaire: en général vous vous cognez à la matière, et là vous pouvez à la fois entrer dans l’eau et faire entrer l’eau en vous.

Une autre chose qui vous fascine est le temps. Pourquoi ?

C’est le comble de la stupeur et de l’étonnement. Le temps est quelque chose d’invraisemblable. Depuis toujours, depuis la création, depuis le Big Bang, depuis 14 milliards d’années, le monde – et personne – n’a jamais été ailleurs qu’au présent. On vit uniquement dans ce présent qui est éternel. Mais ce présent n’existe pas, car si je vous dis que le présent c’est maintenant, il est déjà passé. Nous vivons tous dans un présent éternel qui n’existe pas : alors, s’il n’y a pas de quoi s’étonner je veux bien être pendu.

De cet émerveillement vient cette joie qui vous caractérise ?

Oui et je dirais presque que ce qui me fait croire à Dieu, c’est le soleil qui se lève le matin. Je ne peux pas croire que ce soit le fruit du hasard. Je veux bien croire que dans la vie quotidienne le hasard joue énormément, mais pour la création du monde il aurait fallu de telles successions de hasards qui aillent tous dans le même sens… C’est cela qui me fait croire qu’il y a quelque chose que nous appelons Dieu.

Dans votre livre, vous dites aussi que les œuvres d’art élèvent l’homme.

Il y a dans l’art quelque chose qui nous attire vers le divin. Pour nous les écrivains, on dit quelque fois : « Vous avez écrit un roman », mais il n’y a qu’un seul romancier, peintre et musicien, c’est Dieu. C’est Dieu qui donne aux romanciers toute la matière que ceux-ci recomposent. On pourrait dire qu’il n’y a qu’un seul créateur : c’est Dieu ; et que nous essayons, par la peinture, par la sculpture, de copier un peu cette création divine.

Quelles sont les figures religieuses qui vous ont marqué ?

Il y a évidemment un nom : saint Augustin. À peu près tout ce que j’ai écrit sort du livre 11 des Confessions de saint Augustin, qui traite de la création du monde et sur le temps. Il écrit : « Si tu ne me demandes pas ce qu’est le temps, je sais ce que c’est, et dès que tu me le demandes, je ne sais plus ce que c’est. » Il est le premier à démonter les rouages stupéfiants du temps et il dit qu’il n’y a que le présent. Mais nous pouvons préparer l’avenir et nous souvenir du passé et ça, c’est quelque chose qui est presque divin.

Que pensez-vous du pape François ?

C’est stupéfiant, cette succession de papes : Jean-Paul II, Benoît XVI, François. Le premier, qui arrive dans les années soixante-dix alors que l’Église est en crise, incarne l’espérance avec son « N’ayez pas peur » ; Benoît XVI-Ratzinger est un grand savant, un théologien admirable, et j’ai beaucoup d’admiration pour lui – il incarne la foi ; et François, c’est la charité. François est un jésuite, mais personne n’incarne mieux que lui la lignée de saint François d’Assise.

Vous êtes connu comme un éternel optimiste, alors même que notre société est en crise ?

Je suis un optimiste invétéré. Il y a la formule de Michel-Ange que j’aime tellement : « Dieu a donné une sœur au souvenir, et il l’a appelée l’espérance.» Il faut se souvenir du passé non pas à cause du passé, mais pour servir l’avenir. Et c’est évidemment l’avenir qui compte. C’est pour l’avenir qu’il faut travailler.

Exergue : « C’est Dieu qui donne aux romanciers toute la matière qu’ils composent »

 

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